domingo, marzo 28, 2010

Circula en Bélgica edición en francés del clásico de Fernando Báez


Además de ser un best seller que ya va en su edición en paperback en Estados Unidos siguen las buenas notas en periódicos de Corea, Filipinas y ahora en Bélgica, donde
circula una edición en francés del clásico Historia Universal de la destrucción de los libros (Histoire universelle de la destruction des livres) de Fernando Báez, quien nos ha contado que ha estado muy activo estos días corrigiendo un extenso volumen nuevo que pronto va a salir en España. Aqui va el flamante texto completo:


L'histoire de la destruction des livres et de leurs lieux de conservation, les bibliothèques, colle intimement à celle de l'humanité.

Michel Paquot

Mars 2010

« C'est une erreur fréquente que d'attribuer les destructions de livres à des hommes ignares, inconscients de leur haine. Après douze années d'étude, je suis arrivé à la conclusion que, plus un peuple ou un homme est cultivé, plus il est disposé à éliminer des livres sous l'influence de mythes apocalyptiques. » Parce qu'il a appris à lire dans la bibliothèque publique de son village en Guyane vénézuélienne où il passait ses journées, Fernando Baez est resté profondément attaché aux livres, horrifié « du plus loin [qu'il se] souvienne » par leur destruction. Et la vision, en mai 1992, des cendres de la Vijecnica, l'immense bibliothèque de Sarajevo pilonnée trois jours durant par l'armée serbe un mois auparavant, lui a été tellement insupportable qu'il s'est lancé dans une entreprise aussi vaste qu'ambitieuse: raconter, depuis que l'homme est homme, l'histoire du saccage des livres. « Le livre, écrit-il, est une institution de la mémoire en vue de la consécration et de la permanence » et, dès lors, « la pièce-clé du patrimoine culturel d'une société ». « Je dis et je crois que le livre n'est pas détruit en tant qu'objet physique, poursuit-il, mais en tant que lien mémoriel, c'est-à-dire comme l'un des axes de l'identité d'un homme ou d'une communauté. »




De l'Irak à l'Irak

C'est en Mésopotamie, à Sumer (sud de l'Irak actuel), que sont apparus les premiers livres de l'humanité, probablement entre 4100 et 3300 av. J.C. Ils ont été détruits en raison du matériel utilisé - de l'argile -, de désastres naturels ainsi que par la violence de l'homme. Ce qui fait dire à Baez que « la preuve de la naissance des livres est également celle de leurs premières destructions. » Quelque cinq mille ans plus tard, dans la même région du monde, à Bagdad, la Bibliothèque nationale a été pillée puis incendiée sous les regards indifférents des soldats américains. Entretemps, des milliers de bibliothèques ont été ravagées en tous points du globe, soit par la main humaine, soit suite à des catastrophes naturelles, tels des inondations, tremblements de terre, incendies, dans un rapport chiffré par Baez respectivement de 60% et 40%.
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L'auteur s'attarde sur la destruction, à la fin du 4e siècle, de la bibliothèque d'Alexandrie, dont les causes ne sont pas définitivement établies. Sur la dispersion un millénaire plus tard, par Soliman le Magnifique, de celle de l'ancien roi de Hongrie, Mathias Corvin. Sur le ravage de la bibliothèque du Congrès des États-Unis par les troupes britanniques en 1814, en représailles à l'incendie de la bibliothèque de York perpétré par les soldats américains l'année précédente. Le 20e siècle n'est pas en reste avec la Guerre d'Espagne, le conflit sino-japonais ou le nazisme. La Belgique a elle-même été à plusieurs reprises la cible des biblioclastes. La bibliothèque de Leuven, fondée en 1426 et qui accueillit Érasme, Jansénius, Mercator ou Vésale, fut incendiée à l'aube des deux conflits mondiaux, le 25 août 1914 (300 000 volumes, 800 incunables, 1000 manuscrits anéantis) et en mai 1940 (900 000 livres, 800 manuscrits et 200 éditions anciennes détruits). La bibliothèque de Tournai subit également des dommages importants. Et l'on estime à 120 000 le nombre d'ouvrages volés par les troupes allemandes.
Biblioclastes en ex-Yougoslavie

Dans ce tragique panorama, la guerre en ex-Yougoslavie occupe hélas une place de choix. Outre les bibliothèques de Sarajevo, Vukovar, Dubrovnik ou Mostar, des dizaines d'autres érigées dans cette région balkanique ont été totalement ou partiellement détruites par les Serbes : 195 en Croatie, 188 en Bosnie, 65 au Kosovo. « La précision des bombardements n'était pas un hasard », écrit Polastron qui rappelle que les troupes de Karadzic ont également rasé l'Institut oriental renfermant des milliers de manuscrits de langues diverses. « Parce que, précise-t-il, dans ses armoires se trouvaient non seulement une trace d'occupants non serbes et un symbole de coexistence mais surtout la preuve que pendant des siècles d'innombrables Slaves s'étaient laissés convertir à l'islam et avaient vécu paisiblement en Bosnie. »

Baez élargit son propos en rappelant les innombrables persécutions, censures et attaques dont furent victimes les auteurs de livres au fil des siècles, de « l'hérétique » espagnol Michel Servet, brûlé à Genève en 1553 pour ses ouvrages attaquant l'idée de la Trinité et niant la prédestination, à Salman Rushdie victime d'une fatwa pour ses Versets sataniques en 1989. Et il n'oublie pas tous les États qui, au long de l'histoire, furent sous le joug de dictatures et d'occupations militaires ou victimes de fanatismes religieux ou culturels.

L'homme n'est pas le seul responsable de ces dévastations, les catastrophes naturelles ont aussi leur part de responsabilité. Et principalement les incendies. L'essayiste vénézuélien mentionne celui de Londres en 1666 (resté
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mystérieux) et de l'Escurial cinq ans plus tard, du Harvard College (1764) et des bibliothèques universitaires de Turin (1904), de la bibliothèque publique de Los Angeles en 1986 et de l'Académie russe des sciences en 1988. De prestigieuses collections de livres périrent aussi dans des naufrages, des inondations (plusieurs États américains en 1937, Prague en 2002), des tremblements de terre (San Francisco en 1906) ou des ouragans (1998 au Nicaragua).

Fernando Baez, enfin, recense les principaux « ennemis naturels des livres », ces différentes espèces d'insectes bibliophages dont Horace déplorait déjà la présence. Cicéron, de son côté, regrettait que son exemplaire de La République de Platon ait été rongé par une souris et, au 18e siècle, la bibliothèque de Westminster connut de graves pertes suite à une invasion de rats. À ce sujet, on peut signaler la récente traduction de Firmin, le premier roman d'un Américain de 65 ans, Sam Savage, dont le héros et narrateur est un rat vivant sous une vieille libraire de Boston. Ce « grignoteur de livres » est aussi un lecteur amoureux des mots et un érudit convaincu que chaque ouvrage possède un goût propre...
Montée des eaux à l'ULg

Septembre 1944 et mai 2008 sont deux dates noires pour les collections de livres de l'Université liégeoise. En cause : l'eau, génératrice dommages difficiles à réparer. Petit rappel des faits.

« Notre Bibliothèque se classe immédiatement après le Bibliothèque Royale en importance et en richesse. C'est la seule en Wallonie : sa perte eut été un désastre irréparable », déclare en décembre 1947 Madame J. Gobeaux-Thonet, bibliothécaire en chef de l'Université de Liège, lors d'une allocution reprise par l'historien et professeur émérite de cette Université, Jacques Stiennon, dans son texte « Comment furent sauvés la Bibliothèque de l'Université et ses trésors artistiques en septembre 1944 ». Une partie des livres et manuscrits de l'Université, mais aussi des gravures, tableaux et œuvres d'art ont été effectivement dégradés au terme de la Deuxième Guerre mondiale. Si, contrairement à ce qui s'est passé à Louvain, par exemple, la Bibliothèque n'a subi ni dégâts ni vols pendant le conflit, ses richesses ont néanmoins failli être anéanties par l'eau.

À la veille de la guerre, les collections de la Bibliothèque étaient dispersées en trois lieux, dont les caves de l'ancienne Banque Liégeoise où se trouvaient notamment logés, depuis 1936, les séminaires de philologie classique, germanique et d'histoire ainsi que la bibliothèque de la Faculté de Droit et l'École supérieure de Commerce. Ce déménagement avait été rendu obligatoire lorsqu'en février 1933, on s'était aperçu que le premier étage de la Bibliothèque installée place Cockerill menaçait de s'écrouler.

Malheureusement, cette ancienne banque jouxtait la Centrale téléphonique de Liège que les Allemands ont détruite puis incendiée la nuit de la Libération de la ville. L'eau déversée par les pompiers sur le bâtiment en feu s'est infiltrée dans les sous-sols mitoyens, envahissant ses caves, tout en ravageant l'École de commerce. « En une nuit, rappelle la bibliothécaire, toute une salle vit ses livres se couvrir de moisissures, de longs fils d'argent, féériques, mais destructeurs. » Quant aux 60 000 thèses « classées à même le sol faute de rayonnages », elles furent extraites de leur bain et installées « dans un séchoir improvisé ».

Et même les trésors de la Bibliothèque, ses incunables, autres manuscrits et objets précieux enfermés dans un « caveau » épargné par l'eau, ont été contaminés par « les spores provenant de cette infâme végétation cryptogamique » suite aux allées et venues de ceux qui transportaient les quelque 400 000 volumes, 25 000 estampes et les milliers de manuscrits vers le bâtiment central de l'Université, les ouvrages les plus gravement atteints étant traités sur place.
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Inondations de mai 2008
Soixante-quatre ans plus tard, la bibliothèque universitaire a dû, une seconde fois, affronter l'ennemi aqueux. « Le 29 mai 2008, se souvient Cécile Oger, responsable des fonds anciens et de la conservation de la Bibliothèque Générale de Philosophie et Lettres de l'ULg, suite à des pluies torrentielles, la situation a été exceptionnellement grave sur la colline du Sart Tilman avec éboulements, glissements de terrain et fortes coulées de boue. Situées dans les niveaux inférieurs, les bibliothèques ont été touchées, laissant très peu de temps pour agir. »
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Sur les deux millions d'ouvrages, peut-être plus, que compte l'Université, très peu furent détruits lors de ces inondations grâce à la rapidité de l'intervention. Seuls des textes relativement peu importants ont dû être jetés, de même que des doubles ou des documents dont existent des copies ou de faible intérêt scientifique.

Protégé dans une salle du bâtiment central au centre-ville, le très précieux fonds patrimonial, qui comporte notamment un grand nombre de manuscrits et incunables, n'a pas été touché. Mais de très nombreux livres ont été atteints, soit directement par les eaux, soit de manière indirecte, en étant soumis à des conditions de température et d'humidité exceptionnellement défavorables, qui ont conduit à un développement rapide de moisissures et champignons.

« Lorsqu'un ouvrage est mouillé, la première urgence est de le congeler, explique Paul Thirion, directeur général du Réseau des Bibliothèques. Cette opération doit impérativement être réalisée dans les 48 heures. L'avantage de la congélation est multiple: les champignons ne peuvent se développer, la dilution des encres est interrompue et cela laisse le temps de mettre en place les meilleures procédures de séchage possibles dans des conditions optimales. . L'autre avantage de la glace est de créer un minuscule espace entre les pages qui, ne se touchant plus, ne collent pas entre elles. Pour éviter toute dégradation supplémentaire, le séchage se fait par lyophilisation, pratique qui consiste à faire passer l'eau de l'état de glace à l'état gazeux sans passer par l'état liquide. Ensuite, tous ces documents lyophilisés ainsi que tous ceux qui ont été attaqués par les champignons doivent être décontaminés puis dépoussiérés individuellement de manière à éliminer tous les résidus organiques qui constitueraient sinon un terrain propice à une nouvelle infestation. Toutes ces opérations sont lourdes et vont prendre beaucoup de temps, surtout la dernière, le dépoussiérage, car le nombre d'ouvrages à traiter est extrêmement important. On se situe dans une échéance de 5 à 7 ans. »
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Pour combattre les moisissures, rappelle Cécile Oger, « le seul traitement réellement efficace qui garantit l'innocuité sur l'ouvrage et permet de traiter des gros volumes, est un traitement à l'oxyde éthylène, un gaz extrêmement dangereux, cancérigène. ». C'est pourquoi le traitement doit impérativement être effectué par des firmes spécialisées.

« Les livres sont, d'une manière générale, agressés par des agents naturels, poursuit Paul Thirion : des conditions inopportunes en termes d'humidité et de température, les insectes, les champignons, tout ce qui détruit le papier si on n'y prend garde. En soi, le temps qui passe provoque déjà la destruction d'un certain nombre de papiers. Afin de faire face à toutes ces contraintes et d'essayer de conserver au mieux les documents pour les générations futures, nous avons mis en place différentes procédures de traitement d'urgence, de décontamination, et nous avons élaboré un vaste plan de remise en ordre des conditions de conservation de nos livres. »


http://culture.ulg.ac.be/jcms/prod_194794/la-destruction-des-livres-comme-liens-memoriels?part=1

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